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voici offert par Monsieur Yves BRION un texte historique relatant CHARBUY, nous le remercions chaleureusement pour ce partage. |
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" En 1952, c'est par un homme en retraite habitant non loin
de Charbuy que j'ai pris connaissance de ce texte et décidé
de l'imprimer. J'avais 14 ans, j'apprenais à devenir
typographe et avais « emprunté » quelques lettres à mon
Centre d'apprentissage afin de pouvoir composer ce texte
quatre pages par quatre pages et l'imprimer avec des
moyens de fortune sur la table de la salle à manger de ma
mère… L'homme qui m'avait confié ce texte n'est autre que mon oncle et tuteur Gaston Brion. Ce texte aura bientôt cent ans ... " Yves Brion, mars 2010.
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Mémoire pour servir à l'histoire politique et religieuse d'une commune 1789-1795 Par M. Lassausaie A l'heure où dans beaucoup de départements s'organisent des comités d'histoire locale, il m'a semblé intéressant de consigner dans un mémoire la physionomie d'un village en période révolutionnaire, c'est-à-dire de 1789 à 1795, puisque avec le Directoire finit le grand mouvement d'idées semées par les précédentes assemblées. Il s'agit de Charbuy, commune qui s'est toujours mise à l'avant-garde du mouvement soit politique, soit religieux, dépendant actuellement du canton ouest d'Auxerre, d'une population de près d'onze cents habitants, population essentiellement agricole et vinicole. C'est un village dont les maisons sont très disséminées, perdues pour ainsi dire aux yeux du voyageur qui, pour la première fois visite ce bourg : les hameaux y sont multiples, cachés par de petits bosquets verdoyants. Que de coins charmants pour un rêveur, pour un passionné de la nature alors que les talus foisonnent de genêts ou de romarins, que les bois sont parfumés par l'odeur exquise du muguet. Sous la féodalité presque tout le territoire de Charbuy appartenait à l'évêque d'Auxerre ; aussi l'histoire de Charbuy jusqu'en 1789 est intimement liées à celles des évêques. L'un d'eux Hugues de Noyers y fit construire au douzième siècle un château — résidence estivale — le château de Beauretour ; il fut embelli par Guy de Mello ; Henri de Villeneuve y mourut en 1234 et Bernard de Silly en 1244. Il fut démoli en 1352 par ordre de l'évêque Audoin Albert. On ne conserva que le portail, le four banal, la maison du portier, l'étable, les écuries. Ce qui avait été jusque là un château somptueux ne fut dès lors qu'une simple ferme. A l'heure actuelle l'emplacement de ce château d'une superficie de 1 ha 47 ca est indiqué par des fossés, on l'appelle le « Champ fermé ». En 1382, le 3 juin l'évêque Guillaume d'Estouville, avec le consentement du chapitre d'Auxerre donna aux habitants « de sa bonne ville de Charbuy » une charte d'affranchissement, moyennant certaines redevances en argent sur les terres et les fruits de la terre. Cette charte, inédite est conservée aux archives, à Auxerre. Ces redevances étaient lourdes surtout dans les années de disette et particulièrement sous Louis XIV et Louis XV. La lecture des registres de l'état civil montre, par le nombre des décès, quelle était la misère dans les campagnes. La moyenne des décès est de 32 pour une population de 600 à 700 habitants. En 1709 les décès sont de 65, en 1710 de 71 et pas un seul mariage. Aussi quand l'édit royal convoqua les notables pour rédiger les cahiers de doléances, en 1788, le premier acte de ceux de Charbuy fut de déclarer « que les hommes sont frères et égaux » que les religieux de tout sexe doivent contribuer aux impositions, qu'il y ait diminution d'impôts sur le troisième État. Je n'insisterai pas sur ce document qui a été publié dans l'annuaire de l'Yonne. Il est signé des noms suivants : Gallereux, Bercier, Boudin, Masquin, Brassé, Machavoine, Mary, Breton, Berger, Berry, Machavoine A., Favot, Lavau, Houchot M., André, Jussot, Houchot L., Grégoire, Grisard, Rollinat, Bachelet E., Bachelet de Vaux moulins, que nous retrouverons à chaque instant dans les actes qui touchent à la vie politique de Charbuy. Deux de ces personnages, Gallereux, maître-chirurgien et Bachelet de Vauxmoulins, « notaire royal et perpétuel », ont certainement tenu la plume dans les revendications des notables de Charbuy ; mais on sent que c'est Jacques Bonhomme qui a dicté et qui a dit toute la haine qu'il avait au coeur depuis des siècles contre la dîme, contre les droits féodaux, contre le poids écrasant des impôts. Ces bourgeois sentirent qu'ils pouvaient compter, contre les privilèges, sur le peuple des campagnes. La haine de ce qui restait du régime féodal, voilà le lien solide qui unit la bourgeoisie à la France paysanne. Ces 24 notables n'étaient pas les seuls habitants de Charbuy sachant lire et écrire. Cela tient à ce que dès 1559 et sans grande interruption, il y eut un « recteur d'école » à Charbuy. L'un d'entre eux, Georges Laveau exerça de 1696 à 1732. En 1789, le « recteur d'école » résidant au bourg s'appelle Pierre Breton et dès l'institution du Conseil municipal il est nommé greffier du dit Conseil, assiste à toutes les séances et en signe les procès verbaux. Un autre exerce à Brécy, hameau de Charbuy, c'est Claude Misier. Je dis « institution du Conseil municipal » car il existait bien avant 1789, dans les villes, bourgs et villages des assemblées de notables se réunissant à époques régulières, sous le nom de Hôtels de Ville, « maireries, échevinats, consultats ». L'assemblée des notables de Charbuy dut voter certainement à l'unanimité, soit en janvier, soit en février 1789, « la requête suivante du tiers état de la ville d'Auxerre » requête adressée à toutes les paroisses, ouvrage de MM. les Conseillers au bailliage :
C'était le mandat impératif imposer un programme simple, mais révolutionnaire, aux députés des États Généraux. Autres temps, autres moeurs : de nos jours ce sont les députés qui établissent leur programme électoral. Malheureusement le registre contenant les délibérations des notables de Charbuy a disparu, par suite, il m'est impossible de faire connaître le sentiment des habitants sur les événements historiques de l'année 1789, Serment du Jeu de Paume, Prise de la Bastille, nuit du 4 août, retour du roi à Paris. Le lundi 8 février 1790, en vertu du décret du 14, xbre (décembre) 1789 de l'Assemblée nationale et des lettres patentes du roi supprimant les diverses assemblées dont j'ai parlé et établissant les Conseils municipaux et conseils généraux des paroisses, eut lieu à Charbuy l'assemblée de tous les citoyens actifs, c'est-à-dire payant des impôts, pour l'élection de la municipalité. Cette réunion avait été annoncée à la messe paroissiale par affiches, par le son de la cloche. Elle se tint à l'église, à l'issue d'une messe du Saint-Esprit 133 habitants étaient présents. Le curé Louis Labarthe, ancien aumônier du collège d'Auxerre, et de ce fait titulaire d'une pension viagère de 150 livres, fut élu président par 50 voix, P. Breton est élu secrétaire par 50 voix, Gallereux, Jussot Savinien et Houchot Médard, scrutateurs. Il fut dès le début, à l'inverse de ce qui se passe de nos jours, procédé à l'élection du maire. Le sieur Augustin Gallereux obtint 69 voix, P. Breton 39, Misier Barnabé 4, Savinien Jussot une. Cette élection amena un incident : Bachelet Edme père du notaire et luimême ancien notaire de Charbuy prononça un violent discours parce qu'il n'avait obtenu aucune voix. Aussi le lendemain étant le deuxième jour de l'élection, le président Louis Labarthe réclama le texte de ce discours et sur le refus de Bachelet, mention en fut faite au procès-verbal. Le Conseil municipal devant être composé de 5 membres furent élus le 9 février Louis Labarthe, Claude Durville, Savinien Jussot, Berry Nicolas, Rollinat Edme. Médard Houchot fut élu ensuite procureur général de la commune par la municipalité. Le procureur général avait un rôle bien défini par le décret du 14, xbre (décembre) 1789 : il était chargé, sans voix délibérative, de défendre les intérêts et de poursuivre les affaires de la communauté. Toute délibération contient l'expression suivante « le procureur de la commune intendu ». « Sans désemparer » comme dit le procès-verbal il fut procédé à l'élection, au scrutin de liste de 12 notables (ce sont les plus hauts imposés d'avant la loi municipale de 1884) devant, avec les précédents former le Conseil général de la commune. Furent élus P. Lavau, Claude Grollon, Boudin Louis, Houchot Jean, André Henry, Clériot Étienne, Marie Edme, Massot Louis, Sassin Louis, Collesson Laurent, Misier Barnabé syndic de l'ancienne municipalité, Jolibois Edme. Les notables ne devaient être appelés que pour les affaires importantes : ils étaient ainsi que les officiers municipaux élus pour 2 ans et renouvelables par moitié tous les ans. Le sort décidait de ce renouvellement. Les événements se précipitant à Paris, une délégation vint trouver la nouvelle municipalité et demanda la création d'une « milice nationale de la paroisse de Charbuy ». Cette milice, composée au début de 40 hommes, prêta immédiatement le serment de maintenir de tout son pouvoir la Constitution, d'être fidèle à la nation, à la loi, au roy ». Pauvre roi débonnaire ! Il ne vient qu'au troisième rang : les temps sont changés. La milice, séance tenante, « avec un grand enthousiasme » désigna comme député à la tête de la Fédération Edme Nodon, commandant élu de la milice, lequel devait se rendre le 27 mai à l'hôtel de ville d'Auxerre pour partir à Paris. Le 28 février, en vertu du décret royal du 19, 8bre (octobre) 1789, le curé Labarthe fit à la municipalité la déclaration des biens meubles et immeubles, dépendant de la cure de Charbuy.
Charbuy possédant un médecin-chirurgien, un notaire depuis le XVe siècle voulut devenir chef-lieu de canton, étant presque au centre des paroisses de Perrigny, Saint-Georges, Villefargeau, Appoigny, Chevannes, Monéteau et Lindry. La municipalité prit délibérations sur délibérations ; mais, je ne sais par quelles intrigues, Saint-Georges, d'une population moindre que Charbuy (puisque cette paroisse comptait 819 habitants en 1790) l'emporta. Toutefois, dès la création du tribunal de juge de paix, Charbuy obtint que le magistrat y tiendrait une fois par semaine ses audiences. J'ai parlé, au début, des cahiers de doléances de la paroisse de Charbuy : il n'y a pas trace d'esprit irréligieux. Si les notables parlent « de la vie douce et tranquille », « d'une chère (sic) abondante » qui font la meilleure partie des occupations des religieux « des deux sexes, grassement rentés » ils n'attaquent pas les curés des paroisses. Bien que la bourgeoisie soit voltairienne, comme elle sait que la grande masse des habitants est restée attachée au catholicisme, elle accomplit tous les rites de cette religion. C'est ainsi que le 29 avril 1790 en présence de tous les corps constitués, de la population, eut lieu la bénédiction solennelle du drapeau de la garde nationale de Charbuy. Ce drapeau portait en inscription : La loy, le roy, Charbuy, avec huit fleurs de lis et une cravate blanche. Assistaient aussi à cette cérémonie « imposante » le commandant de la garde nationale d'Auxerre et celui de Chemilly. Si tous les historiens parlent de l'enthousiasme qui régnait à Paris à l'occasion de la fête de la Fédération, ils oublient de mentionner celui des campagnes. A Charbuy la fête anniversaire de la prise de la Bastille fut célébrée, après la proclamation suivante du maire Gallereux. « Le dit jour 14 juillet 1790 sera un jour de fête destiné à rendre grâce à l'Être suprême « de ce que en ce jour mémorable la France a reconquis la liberté. En conséquence il « sera défendu de travailler ce mercredi 14 juillet 1790. « Une messe solennelle sera célébrée et à laquelle seront conviés la municipalité, la « garde nationale et les habitants ; à la suite de laquelle pour nous unir de coeur et « d'intention à nos frères réunis dans la capitale il sera prêté sur l'autel de la Patrie le « serment civique suivant la formule décrétée par l'assemblée nationale ». Charbuy n'eut pas de prêtre réfractaire. Louis Labarthe et son vicaire frère Crespin Bougault (puis plus tard Lenglet Norbert) prêtèrent le serment suivant en vertu du décret du 26, 9bre(novembre) 1790 : « Nous jurons de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui nous sont confiés, d'être fidèles à la nation, à la loi, au roi, de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi ». Le dimanche 14 novembre 1790, en l'église paroissiale eut lieu, le remplacement au scrutin de liste, des officiers municipaux et notables sortants. L'assemblée était composée de 60 électeurs : Louis Labarthe, curé fut remplacé par Claude Grollon, Barnabé Misier fut réélu. Les notables suivants furent élus : Bachelet Jean Cirille, Edme Masquin, Claude Durville, Edme Picard, Pierre Lavau dit Pétrot, Louis Chavard. Le 29 novembre la nouvelle municipalité se rendit au tribunal de la justice de Charbuy, de Vieuxchamps et Ponceaux, de la Chaîneau dernier vestige de la justice féodale et en présence des greffiers Louis Massot, Jean Verdot, Rigolet Jean Baptiste, mit sous scellés les papiers des greffes et les adressa à Auxerre. Les élections pour le renouvellement soit des officiers municipaux, soit des notables se passaient paisiblement. Mais le 2, xbre (décembre) 1792, l'animation fut extrême. Les citoyens étaient assemblés dans l'église de Charbuy, pour procéder à l'élection de la nouvelle municipalité Gallereux et Breton sont toujours président et secrétaire Médard Houchot, Barnabé Misier et Serin scrutateurs. Tous les électeurs prêtèrent le serment « d'être fidèles à la nation, à la loi, de maintenir de tout leur pouvoir la liberté et l'égalité, l'unité et l'indivisibilité de la République ou de mourir en la défendant ». Le scrutin fait et dépouillé, le citoyen Jean Cirille Léonard Bachelet, a réuni les suffrages pour être élu maire ; ensuite il a été procédé à l'élection des officiers municipaux. Le scrutin dura jusqu'à 8 heures du soir et aucun citoyen n'ayant réuni les suffrages nécessaires, l'élection fut renvoyée au samedi suivant. Le nouveau maire est devenu prudent, il a supprimé son titre nobiliaire « de Vauxmoulins » il ne le reprendra que sous le Directoire. J'ajouterai qu'il garda à peine un mois les fonctions de maire. Il fut remplacé par Gallereux, lequel délégua les fonctions d'officier de l'état civil au « citoyen curé Lenglet » élu notable. Le samedi suivant 110 citoyens se trouvèrent réunis à l'église pour le second tour de scrutin et les officiers municipaux furent élus. Nous retrouvons Médard Houchot, puis Brion François, René Picard, Masquin Edme, Thomas Ravillon. Séance tenante on élit le procureur de la commune. Augustin Gallereux et Barnabé Misier se partageant les voix, mais sans résultat. Au moment où l'on procédait à un second tour de scrutin, Edme Bachelet accusa les scrutateurs de ne pas mettre fidèlement les noms dans les vases ; puis il ajouta : « tous les citoyens ne sont pas là, il ne faut pas continuer le scrutin ». Alors un citoyen demanda que la cloche fut sonnée pour rassembler le plus grand nombre d'électeurs. Au moment où le sonneur tirait sur les cordes, Bachelet s'élança sur lui, le repoussa en le menaçant et la séance fut levée au milieu de cris et d'injures. Le lendemain le scrutin fut ouvert et dans le calme Gallereux fut élu procureur de la commune et le conseil général formé par l'élection de Lenglet curé, André Henry, Berry Nicolas, Colleson Laurent, Edme Favot, Laveau Pierre, Boudin François, Clairiot Étienne, Durville Claude, Grégoire Pierre, Thinardon Germain. Les souverains d'Autriche et de Prusse qui s'étaient faits les champions de la royauté contre la Révolution française étaient à nos frontières. L'assemblée législative, après le fougueux et menaçant discours de Vergniaud, décréta solennellement la patrie en danger, la levée de 50 000 volontaires. Ces décrets, proclamés dans toutes les villes et tous les villages, pendant que tonnait le canon d'alarme, provoquèrent le plus sublime mouvement d'enthousiasme patriotique qui ait jamais marqué l'histoire des peuples. La nation vibrante était debout, en armes, luttant pour son salut. Le manifeste insolent de Brunswick, rompit les derniers liens qui unissaient la nation à son roi. 18 jeunes gens de 18 à 20 ans, de Charbuy se firent inscrire comme volontaires. J'ai cru de mon devoir de consigner ici les noms de ces héros immortalisés par V. Hugo et Michelet.
Ils partirent pour l'armée du Nord. Berry Antoine fut tué dès le début des hostilités. Ce fut le seul décès signalé à la municipalité. La République menacée de toutes parts à l'intérieur et à l'extérieur, fit appel à la nation. Le Comité de Salut public fit décréter par la Convention la levée en masse : 1 200 000 hommes armés et équipés à la hâte, rassemblés par le génie de Carnot, en masses compactes s'élancèrent au pas de charge, à la baïonnette sur les royalistes, les étrangers. Le 13 mars 1793 la municipalité de Charbuy se tint en permanence à la maison commune. Le contingent fixé par le Commissaire Denis Guillot, envoyé dans le canton de Saint-Georges, était de 5 hommes pour Charbuy. 41 jeunes gens se présentèrent et réclamèrent le tirage au sort pour désigner les défenseurs de la République : ce furent Edme Meunier âgé de 21 ans, François Grollon âgé de 20 ans Edme Hédot âgé de 19 ans, Jean-Jacques (enfant assisté) âgé de 20 ans, Étienne Avelé âgé de 23 ans qui amenèrent les cinq bulletins noirs ; ils partirent pour la Vendée. Pour combattre les ennemis de l'intérieur, c'est-à-dire tous ceux qui pouvaient regretter la royauté, les citoyens de Charbuy en conformité du décret de la Convention nationale, créèrent un comité de salut public composé de Louis Massot, Mary Edme, Machavoine Médard, Berry Nicolas, Sinot Georges, Bougault Jean, Machavoine Edme, Burtin François, Grégoire Pierre, Serin Edme, Misier Claude. Ce dernier que nous retrouverons plus loin comme engagé volontaire est l'instituteur de Brécy. Ce comité fonctionna jusqu'en 1795, époque à laquelle il fut dissous. Il n'eut à s'occuper que de trois suspects : Baudesson de Vieuxchamps, Bachelet Edme Faure et d'une suspecte : la veuve Laporterie. Baudesson de Vieuxchamps : propriétaire du vaste domaine du même nom, était un ancien officier des dragons, chevalier de Saint-Louis. Très prudent il supprima son titre de noblesse, remit sa croix au Conseil municipal et fit enlever au cordon de pierre de son colombier les emblèmes féodaux. Il affectait des sentiments très jacobins : il devint même instructeur militaire puis commandant de la garde nationale de Charbuy : a quatre reprises différentes le maire lui remet un certificat de civisme. Bachelet Edme eut aussi souvent besoin de certificats de civisme ; il réussit à se faire élire cependant juge de paix du canton de Saint-Georges. Le citoyen Faure gendre Legrand, tailleur à Paris avait fait fortune. Il vint résider à Charbuy. Sous la Restauration il fut maire et s'intitula « homme de lettres ». Ses manières obséquieuses, raffinées ne plaisaient aux ardents sans culottes de Charbuy ; aussi le Comité de salut public exceptionnellement invita le citoyen Faure et sa femme à venir prêter le serment de fidélité à la République. Ce fut le 30 mai 1793 en présence de la garde nationale de la municipalité, des habitants et à l'arbre de la liberté que ce serment fut prêté. La veuve Laporte née Lamouroux Marguerite était propriétaire du vaste domaine de la Chaîneau. Son fils avait émigré en Angleterre et de ce fait elle était soupçonnée d'entretenir des relations avec les ennemis de la République. Elle fut arrêtée par la garde civique, conduite en prison à Joigny et ses biens furent mis sous séquestre. Elle réussit à s'échapper, car le bruit courut qu'elle était revenue furtivement en sa maison de la Chaîneau. Des perquisitions furent faites en armes on interrogea les domestiques ; mais on ne trouva pas la dame Laporterie. Le comité s'occupait aussi des étrangers qui venaient passer quelques mois à Charbuy : ceux-ci devaient faire leur déclaration d'arrivée et après trois jours d'affiche il leur était délivré un certificat de civisme. Il créa une société d'instruction populaire véritable club. D'après les statuts cette société avait pour but d'éclairer les citoyens sur les avantages de la Révolution et de les instruire par la lecture des lois. Naturellement les événements de la capitale y étaient commentés et amplifiés. Il en résultait une effervescence qui se manifestait par les nombreuses réunions de la municipalité, réunions auxquelles assistaient les vrais républicains. Cette société était affiliée à celle d'Auxerre et de Saint-Georges. Ses membres étaient d'ardents sans culottes, ils dirigeaient d'une façon occulte la municipalité. Chaque mois le conseil d'administration était renouvelé. Comité, société d'instruction populaire, garde nationale furent dissous en même temps après le 9 thermidor (27 juillet 1793) : ils étaient trop dangereux. Toutes les réunions de la municipalité de la garde nationale étaient annoncées à son de caisse et aux sons des cloches car l'église de Charbuy possédait trois cloches : deux furent fondues pour devenir des canons. Le sonneur avait fort à faire ; aussi était-il généreusement rétribué. Celle qui reste à l'heure actuelle a eu pour parrain en 1688 l'évêque André de Colbert et pour marraine Marie de Chastelux dame de Vieuxchamps. Lorsqu'il s'agissait d'appliquer un décret de la Convention, la cloche sonnait le tocsin. C'est ainsi que le 2 juillet 1793 à 7 heures du soir, toute la population accourut à l'église pour connaître du décret qui demandait de nouveaux enrôlements volontaires et ordonnait la levée des gardes nationales pour prendre les armes contre la Vendée révoltée et venir au secours des habitants de la ville de Nantes. Le tirage au sort fut encore une fois réclamé et c'est après une discussion qui dura plus d'une heure et demie Charles Séguinot âgé de 27 ans, Jean Roncelin âgé de 18 ans recueillirent les bulletins sur lesquels était inscrit soldat. Quelques jours après, le 10 août, eut lieu la fête civique de la Fédération avec le même cérémonial que celui de la bénédiction du drapeau de la garde nationale, car la grande majorité des habitants était encore catholique. Pourtant dans cette église où n'avaient jamais retenti que des hymnes religieux fut chanté « l'Hymne des Marseillais » et d'autres chansons civiques aux acclamations de Vive la République une et indivisible ! Et cependant la misère était grande par suite de l'extrême sécheresse : la classe pauvre manquait de pain. Aussi la municipalité soucieuse d'apporter secours à cette grande indigence fit une enquête pour constater la quantité des grains et farines existant, en sus de la provision nécessaire, chez les plus aisés des citoyens. Aux grands maux les grands remèdes, dit Verdot, ancien greffier de la justice de Vieuxchamps, les pauvres sont nos frères ; nous devons les aider dans leurs besoins. Cette enquête fut faite avec le concours du Comité de salut public : 106 bichets (environ une cinquantaine de quintaux) de froment et de seigle furent distribués ensuite aux nécessiteux sur un bon de la municipalité. La fraternité n'était pas seulement inscrite dans la devise républicaine, elle l'était dans les coeurs. En présence de la sécheresse grande et persistante la municipalité décida que « la neuvaine de prières et de processions serait faite du 15 au 24 août, avec défense de travailler pour conjurer la sécheresse et demander à Dieu les grains dont les habitants avaient besoin ». C'est la dernière délibération que signe mon respectable prédécesseur Pierre Breton : il est remplacé par Cassien Bertrand. Cette révocation a-t-elle un rapport avec la neuvaine ; il est permis de le supposer. Ce devait être un caractère que Pierre Breton : il ne se laissa pas révoquer sans protester auprès de l'Administration départementale. Aussi Bachelet notaire, ayant proposé de mettre l'emploi de secrétaire greffier en adjudication, voici la réponse des administrateurs du département de l'Yonne : « La place de secrétaire greffier d'une municipalité dépend absolument du choix du Conseil général de la commune. Elle exige la confiance de ceux auxquels la loi en défère le choix. « L'adjudication détruirait ce principe, elle serait subversive de l'ordre en faisant tenir une place de confiance à celui que la fortune rendrait indifférent sur le salaire ou que l'intrigue déterminerait à un sacrifice de mince objet soit dans l'espoir d'obtenir une place plus lucrative, soit pour toute autre vue d'intérêts. » Quelques mois après, sommé de comparaître devant la municipalité pour justifier sa conduite, Pierre Breton s'empressa de s'abstenir. Il rentre en grâce car en l'an V, le 23 brumaire (13 novembre 1796), P. Breton est percepteur des contributions des rôles en recouvrement de la commune de Charbuy. Si la misère était grande à Charbuy, elle ne l'était pas moins à Auxerre et à maintes reprises les commissaires de la ville vinrent à Charbuy pour réquisitionner grains et farines. Les volontaires de 92 avaient laissé leur famille dans le besoin. Aussi la Convention, — que nos législateurs actuels ont voulu imiter par la loi du 31, xbre (décembre) 1907 — accorda, plusieurs fois des secours très élevés à ces familles, secours distribués trimestriellement. Les parents désignaient un des leurs pour assister la municipalité dans la répartition. Pendant toute l'année 1793 le Conseil municipal se réunit presque tous les jours à l'église soit pour discuter des intérêts de la commune, soit pour faire appliquer les décrets de la Convention. Sous l'influence du Comité de salut public local, du club charbuysien, le Conseil municipal manifestait de plus en plus des sentiments républicains : il devenait jacobin. Aussi fit-il arborer au sommet du clocher et à ses frais un drapeau tricolore avec le bonnet rouge « symbole, dit Bachelet, de l'union des patriotes », drapeau bénit par le curé Lenglet qui prononça un discours civique. Tous les signes rappelant la royauté « les vestiges du monstre féodal » furent détruits partout où ils se trouvaient, même sur les bornes qui limitaient les bois nationaux. Toutefois le Conseil général réclama — ce qui était une preuve de bon sens — contre le décret du 17 juillet 1793 qui ordonnait la destruction par le feu des titres des droits féodaux. Le duel entre les Girondins et les Montagnards avait sa répercussion dans les campagnes et dans quelques délibérations il est parlé des premiers qualifiés « d'ennemis du bien public, d'ennemis des bons sans culotte ». Le 23 août 1793, nouveau décret de la Convention partout réquisition des fusils de tout calibre existant dans les communes pour armer les gardes nationales et aussi des hommes âgés de 18 à 25 ans qui ne s'étaient pas engagés. La municipalité dans sa séance du 8e jour de la 1re décade an II, en présence du citoyen Lechien commissaire du canton de Saint-Georges, dressa 1° la liste des armes ; il existait à Charbuy 70 fusils de chasse, 11 sabres, 2 épées et 60 piques. La garde nationale étant à cette époque composée de 200 hommes, 130 fusils furent réclamés à la Convention… et un canon ! 2° la liste des jeunes défenseurs de la République 29 furent inscrits : Jean Grollon, Jacques Rollinat, François Saffroy, Claude Misier instituteur, Augustin Gallereux, Lazare Machavoine, Edme Grégoire, Pierre Bourotte, Médard Machavoine, Queudot, Berry François, Louis Machavoine, Thomas Bouret, Nicolas Boivin, David Clément, Bougault Pierre, Batavois Louis, Misier Jacques, André Henry, Houchot Jean, Grégoire Médard, Lalouette François, Regnault Claude, Boudin François Babellot Louis, Suchet Jean, Ozibon Jean, Martin Claude, Brion Claude. Le citoyen Claude Misier, quoique âgé de 27 ans se présenta à la séance et s'offrit d'entrer dans l'armée révolutionnaire pour remplir le contingent de la commune. Le président ému de cet acte de patriotisme, lui donna l'accolade fraternelle. Je suis heureux de pouvoir par ce mémoire sortir ce modeste héros de l'oubli. Il partit, mais je ne sais pour quelle raison, son engagement ne fut pas accepté ; car il se maria le 28 pluviôse an III (16 février 1795) à Charbuy. Un membre de l'assemblée municipale a alors demandé que la commune fasse des dons à la patrie pour les soldats blessés. Séance tenante les conseillers ont offert 60 chemises, trois draps, cent aunes de linge propre à faire des bandes de charpie. Ces effets furent adressés le lendemain à l'administration supérieure à Auxerre. J'ai dit que les événements de Paris et de la France étaient vivement colportés, que la municipalité, avisée, réunissait les habitants dans l'église à son de caisse et de cloche. C'est ainsi que le 20 nivôse an II (9 janvier 1794) une fête civique fut célébrée en signe de réjouissance de la prise de Toulon par les soldats de la République sur « les infâmes Anglais et les lâches et scélérats habitants de cette ville maritime qui s'étaient coalisés avec les armes des despotes pour leur livrer cette place ». Les cris de : Vive la République, Vive la Convention, Vive la République retentirent sous les voûtes de l'église, différents hymnes patriotiques furent chantés et la fête se termina par « des baisers fraternels dans l'ordre le plus satisfaisant ». A cette occasion, le curé Lenglet donna sa démission de ministre du culte, abandonna le presbytère — qui fut conservé pour servir de logement à l'instituteur —, et se retira chez Bachelet notaire, puis ensuite à Auxerre. Le 10 pluviôse, an II (29 janvier 1794), le Conseil général de la commune fit l'inventaire des objets du culte et des biens appartenant à la cure. Quelques jours après l'église était désaffectée et consacrée au culte de la déesse Raison. La population de Charbuy suivait le mouvement général et devenait sous l'impulsion du Comité et du Club de plus en plus jacobine. Aussi la municipalité jugea prudent d'épurer le Conseil général et dans une réunion publique où le citoyen maire Gallereux rendit compte de son mandat, il fut proposé de remplacer les timorés par des bons sans culottes tels que : Louis Massot, Edme Rollet de Ponceaux, François Brion de Chaumois, Grison Léonard maçon de Brécy, Bougault Louis, Jacques Pavis, Laveau G. recteur de 1696 à 1732. Bréchet Jean, Thomas Masson, Jean-Baptiste Rigollet, Bougault Claude, Nicolas Roncelin, Chavard, Bertrand, Ravillon, lesquels furent élus. Verdot devint percepteur des contributions de Charbuy. Une réunion fut projetée pour le 10 germinal. Les citoyens furent convoqués, à son de caisse et de cloche, pour se rendre le matin à la « ci-devant église » de Charbuy dépouillée des signes du « fanatisme ». Le corps municipal des députés de la Société d'instruction populaire prirent place dans le choeur. Tous les assistants, citoyens et citoyennes déclarèrent « abandonner le culte des erreurs pour observer celui de la vertu » et demandèrent que le soir eut lieu l'inauguration du Temple de la Raison. Les corps constitués, la Société d'instruction populaire, la garde nationale commandée par Louis Massot, réunis à 2 heures à la maison commune, se sont rendus accompagnés d'une foule de citoyens et de citoyennes au temple de la Raison, aux sons des tambours et des trompettes ; la municipalité munie d'écharpes et le juge de paix décoré de sa médaille. Pendant cette marche « l'hymne à la Liberté » de François de Neufchâteau fut chanté à l'acclamation de : Vive la Nation ! la République une et indivisible ! Des discours civiques furent prononcés. Au sortir du temple, le maire saisit les mancherons d'une charrue attelée de deux chevaux sur la tête desquels étaient des fleurs et cette inscription « Par moi naît l'abondance ». Un char dédié à la Liberté suivait : le fauteuil fut occupé par Marie Anne Grollon fille de Claude Augustin Grollon cultivateur, demeurant à Ponceaux hameau de Charbuy, laquelle, par acclamation a été choisie pour représenter la déesse Raison : elle avait deux frères dans l'armée révolutionnaire. Marie Anne Grollon portait en main une pique surmontée du bonnet rouge et avait à ses côtés deux enfants (garçon et fille) portant chacun cette inscription : « Liberté, voilà des espérances » dans le fond du char une vingtaine d'enfants des deux sexes, couronnés de fleurs, portaient cette autre inscription : « Le règne de la Liberté ne s'établit que sur les débris du despotisme, de la superstition et des préjugés ». Le char était conduit par Edme Masquin, Alexandre Houchot, Pierre Villetard, Mathieu Edme et d'autres citoyens ayant sur leurs épaules des instruments d'agriculture et tenant en main une inscription portant ces mots : « Égalité, ton règne est éternel ». Louis Massot avait à la pointe de son épée cette devise : « Liberté, mon bras est ton soutien ! ». Le cortège se mit en marche pour se rendre à « l'arbre de la Liberté » en chantant des hymnes patriotiques au bruit des tambours et des fanfares, puis ensuite à « l'arbre de la Fraternité ». Le maire traça un sillon autour de chaque arbre, avec la charrue, pour montrer le désir de tous qu'ils croissent. De retour au temple, la déesse prit place sur l'estrade principale, vis à vis de la grande allée où elle fut complimentée par les autorités et le maire lui donna l'accolade fraternelle. La fête se termina par le chant de l'hymne « De l'inutilité des prêtres » aux acclamations de : Vive la République une et indivisible. La cloche fut mise en branle pour annoncer au dehors l'allégresse de tous les habitants des deux sexes « d'avoir recouvré le culte de la Raison et des vertus et d'avoir abjuré celui de l'erreur et de la superstition ». Ce fut l'unique fête de la déesse Raison. Quelques mois plus tard suivant l'ordre de Robespierre le temple était consacré à l'Être suprême et à l'immortalité de l'âme. La municipalité fit porter à la porte d'entrée de l'église un panneau de planches peint en gris avec lettres en noir. Ce panneau coûta 21 livres 10 sols et fut payé par le maire. La fête de l'Être suprême eut lieu le 20 prairial an II (8 juin 1794) et le même jour à Auxerre (car le club charbuysien envoya des délégués aux frères auxerrois) mais elle n'eut aucun éclat, bien que le maire eut menacé d'une amende de deux livres ceux des gardes nationaux qui n'assisteraient pas à la cérémonie. Ces fêtes faisaient oublier le manque de semences et les visites continuelles de bandes de loups. Quelques jours après la « loi du maximum » était portée à la connaissance des habitants. Des placards leur furent remis avec l'ordre de les afficher à la porte extérieure de leur habitation. Ces placards étaient ainsi conçus : « La Convention nationale rappelle à tous les citoyens, à tous les fonctionnaires que la justice et la probité sont à l'ordre du jour dans la République française » : puis suivait le prix des denrées et de la journée des ouvriers des deux sexes. Ce tableau est intéressant à consulter. A maintes reprises, le Conseil général appliqua cette loi du maximum. La veuve Laporterie, dont il a été question précédemment avait demandé la levée du séquestre mis sur ses biens. Il lui fut répondu négativement et le 10 messidor le conseil municipal fut prévenu que lesdits biens seraient mis en vente le 28 messidor. Mais la vente n'eut pas lieu et la veuve Laporterie ayant recouvré sa liberté, le Conseil général prit une délibération pour lui témoigner « la satisfaction que justice lui ait été rendue ». Deux jours avant eut lieu la fête civique du 14-Juillet. A cette fête on acclama encore la Montagne, Robespierre mais ce fut la dernière fois. Le 20 thermidor le Conseil général assemblé, le président donna lecture à l'assemblée d'une lettre de Villetard, représentant du peuple du département de l'Yonne, du 10 thermidor relative aux « crimes qui viennent d'être commis contre le peuple français en la personne de ses représentants ». Le Conseil général et tous les assistants « ont frémi d'horreur des crimes commis par Robespierre et autres et ont tous témoigné leur satisfaction de l'heureuse issue qu'il en résulte et de la punition des conspirateurs et tous les membres ont crié : Vive la République une et indivisible, la nation et périssent les traîtres en rendant hommage à l'énergie de la Convention ». A Charbuy comme partout Robespierre personnifiait les excès de la Terreur. On lui imputait tous les crimes d'Hébert, de Couthon, Saint-Just et autres (Napoléon Ier). A partir de ce jour le compte-rendu des réunions du Conseil municipal devient terne : ce n'est plus qu'une énumération des lois votées par la Convention, décrets et adresses. Toutefois je signalerai la délibération du 30 brumaire an III (20 novembre 1794) ou Pierre Breton recteur des écoles a présenté un certificat de vie et moeurs délivré par les pères de famille, réclamé un certificat de civisme et informé l'assemblée de son intention, pour se conformer à la loi, d'ouvrir une école primaire. Son traitement fut fixé à 150 livres. Le 5 frimaire une souscription fut ouverte à Charbuy pour la construction et l'équipement d'un vaisseau. Elle produisit la somme de 101 livres 15 sols. Le 20 frimaire lecture est donnée du décret de la Convention nationale sur la liberté des cultes. C'est le régime de la séparation des Églises et de l'État qui commence. Mais ce n'est que le 17 messidor qu'un ministre du culte catholique vint exercer à Charbuy : il s'appelait Jean-Baptiste Lhuilier. La foi n'était pas revenue, et faute de fidèles, il quitta Charbuy et fut remplacé par Nicolas Daniel qui prêta, le 30 vendémiaire le serment suivant : Je reconnais que l'universalité des citoyens français est le souverain et je promets soumission et obéissance aux lois de la République. Nous sommes loin du serment des prêtres constitutionnels. Il semble par la lecture des délibérations que les citoyens ont éprouvé, pour le plus grand nombre, après le 9 thermidor, une espèce de découragement. La vie politique des bourgades est arrêtée. D'ailleurs le 15 fructidor, pour la dernière fois les citoyens sont convoqués seulement à son de caisse en la salle commune — et non plus à l'église — pour assister à la lecture d'un des derniers actes de la Convention. Peu de citoyens, ont répondu à l'appel. Le président Gallereux, donne lecture de la loi du 5 du dit mois «sur les moyens de terminer la Révolution». Cette loi devait être soumise à l'acceptation des citoyens réunis le 20 au chef lieu du canton. Ce même jour la Société d'instruction populaire, le Comité de Salut public, la garde nationale étaient dissous. La garde civique fut rétablie quelques jours après : elle était formée de deux compagnies : Vieuxchamps, Brécy, Poncaux formaient l'une forte de 81 hommes. Le restant de la commune formait l'autre et comprenait 104 hommes. Louis Masson le jeune fut élu commandant. C'est le dernier acte de la municipalité élue par le suffrage universel. Il résulte des documents divers que j'ai compulsés que la Révolution française suscita l'enthousiasme général des habitants de Charbuy, qu'ils n'éprouvèrent pas la terreur folle, la grande peur qui secoua les campagnes des environs de Cravant et ailleurs, que toutes les idées politiques, même les plus extrêmes y trouvèrent des adeptes. A un autre point de vue Charbuy a été de toutes les communes celle où les réquisitions en grains, farines, pour les marchés d'Auxerre furent les plus nombreuses : chaque semaine il était conduit à la halle 200 quintaux de grains. Il en a été de même pour les chevaux, voitures et fourrages destinés à l'armée révolutionnaire. Cela prouve que Charbuy était à cette époque, comme de nos jours, un centre actif de produits agricoles. Charbuy, 28, 7bre (septembre) 1912,
Lassausaie. ============================== J'ai rajouté les dates du calendrier grégorien en italique afin de rendre les
événements plus clairs dans le temps. Ci-après, les reproductions du petit livre réalisé en 1952. Une partie de la couverture est gravée dans du linoléum. Pratique courante à l'époque de l'apprentissage de la typographie afin d'intéresser les jeunes élèves à leur métier en leur permettant d'illustrer leur travail. Les pages de début sont le reflet de ce qui se faisait de façon très classique pour des livres à tirage limité, donc numérotés. La composition avec lettrine à chaque début de chapitre, les titres courants en haut de chaque page ainsi que le calcul des marges sont une démonstration de ce qui se faisait de mieux dans l'édition. Je ne faisais qu'appliquer les règles de composition que l'on m'enseignait.
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