Nos histoires insolites de CHARBUY



Quelques souvenirs sur Louis Rollinat né le 12 mars 1838 à Charbuy et sur son épouse Amélie Hédot, tenanciers du café restaurant "Les Ragons" à Charbuy.




La grand-mère Mélie
Louis était surnommé « Paul Linard ». Il était connu dans la famille sous le nom de Paul alors qu'il s'appelait Louis. Sans doute pour qu'on ne le confonde pas avec son père, dont le prénom était également Louis.
Il tenait à Charbuy au lieu-dit « Les Ragons » un café restaurant avec la grand-mère Amélie Hédot. La grand-mère Mélie était en fait déclarée à l'état-civil sous le prénom d'Eulalie.
Celle ci était d'un grand mérite car, outre la maison de commerce à tenir, les neuf enfants nés entre 1862 et 1885, elle avait à tempérer son mari qui ne savait guère refuser à ses parents de boire avec eux.


Je me rappelle très peu le temps où mes grands-parents étaient à l'auberge, mais je revois encore ma grand-mère faisant la cuisine dans l'âtre sur le feu de bois ou la braise. Je la revois mieux chez elle, dans la petite maison jouxtant le café où, avec le grand-père elle s'était retirée après avoir laissé à sa deuxième fille Anaïs le soin de continuer le commerce.

Anaïs

Le grand-père, assagi, aimait à recevoir ses petits-enfants et aller jouer avec eux au billard chez la tante « Naïs », billard qu'il connaissait bien et sur lequel il faisait preuve d'une grande adresse.
Il était difficile de le battre, mais il n'était avare ni de conseils, ni d'encouragements et je l'ai vu un jour fier de s'être presque laissé battre par mon cousin germain, Gaston Mary.
De nombreuses congestions cérébrales, légères mais qui à chaque fois laissaient une trace le rendirent peu à peu aveugle.
Né en 1838, il mourut en 1917 dans sa 79ème année et connut hélas la mort, à la guerre, de son petit fils Henri Brion, et, en octobre suivant de son plus jeune fils Adrien.


Quant à la grand-mère, elle lui survécut jusqu'en 1927, ayant atteint, l'esprit intact, l'âge de 87 ans.
Née en 1839, elle avait connu Louis-Philippe, Napoléon III et la guerre de 1870 dont elle me racontait les épisodes qu'elle avait vécu lors de l'invasion des Prussiens dans son petit coin de Charbuy. Même en 1914, ma grand-mère n'a jamais appelé les Allemands autrement que «les Prussiens». Elle avait su me faire voir la dureté de l'occupation et j'avais bien peu d'estime pour ces bavarois grossiers, (dont l'un s'était oublié dans les draps la veille de son départ..) et ces prussiens arrogants et hâbleurs.

Elle aimait Louis-Philippe, mais elle détestait Napoléon III qu'elle n'appelait jamais autrement que ""Badinguet», car, me disait-elle, quand il se fit sacrer empereur, il affirmait : « l'empire, c'est la paix », ce qui n'empêcha pas qu'il envoya guerroyer les soldats français en Crimée, au Mexique, en Italie, sans parler de la guerre de 1870.
Elle put voir aussi l'horreur de la première guerre mondiale, tremblant toujours pour ses enfants et ses petits-enfants mobilisés.

Ainsi, maman Mélie vécut sous le règne de Louis-Philippe, sous la seconde république, sous le second empire, et sous la troisième république. Elle entendit parler du retour des cendres de Napoléon Ier aux Invalides, de la révolution de 1848, du coup d'Etat du 2 décembre 1851. Au siège de Paris, en 1871, elle avait 21 ans.

Grand-mère Mélie était foncièrement bonne. Sa mémoire, même dans les dernières années était infaillible et nous aimions, Marcel et moi, l'entendre raconter dans sa cuisine, autour du feu, ses petites histoires qui nous ravissaient.
L'âtre tenait une grande place dans sa vie, surtout à la fin, où, à demi courbée, le corps appesantit par l'âge et les maternités, se déplaçant difficilement, elle y trouvait refuge.
En permanence, un chaudron accroché à la crémaillère faisait bouillir l'eau, mijoter la soupe ou la viande en sauce. C'était dans la cendre chaude dont elle écartait ou rapprochait les braises que cuisait dans sa peau la pomme de terre ou que s'amollissait ou se durcissait l'oeuf dont la coque devenait jaunâtre. Qu'elles étaient délicieuses les pommes de terre à la peau durcie à demi calcinée, et qu'ils étaient appétissants les oeufs de la grand-mère !

Toujours coiffée d'un bonnet blanc sans recherche, mais toujours immaculé, échangé le soir par une «bounette» de nuit, elle allait dans sa cuisine, aidée d'un bâton, avec lequel, par jeu, elle nous menaçait si nous avions fait quelques sottise ou si nous arrivions d'une course avec quelque retard... mais jamais le bâton n'a touché le corps de ses nombreux petits-enfants.

Le sens de la famille était très ancré chez les Rollinat et nos deux grands-parents, bien que peu riches, eurent une vieillesse relativement heureuse. Souvent ils avaient la visite de leurs enfants et souvent ils m'accueillaient pendant quelques jours quand mon cousin Marcel s'y trouvait. je revois avec émotion ces matins d'été à notre réveil, sortis du sommeil par la toux du grand-père ou par les allées et venues de la grand-mère dans le couloir.
Notre place était à la grande table dans la cuisine où nous attendait un café au lait crémeux et délicieux, au goût délicat de noisette avec des tartines de pain blanc ou de pain bis. Jamais je n'ai pu retrouver la saveur exquise du café au lait de la mère Mélie, peut-être parce que le café versé sur l'eau où avait bouilli la chicorée, infusé quelque temps avant d'y verser le lait froid, lequel bouillait avec le mélange dans un petit chaudron de cuivre et avait pris le goût de braise.
Aux vacances, une tante, Jeanne Rollinat, directrice de cours complémentaire, venait passer quelques semaines chez ses parents. C'était alors de fréquentes réunions de famille, sauf pendant la guerre. Tout le monde n'aurait pu tenir autour de la table et c'est à tour de rôle que venaient frères, soeurs, beaux-frères, belles-soeurs et leurs enfants, mes cousins et cousines, lesquels, à leur tout, à l'occasion d'une fête rendaient l'invitation.
Des traditions s'établissaient : à la St Pierre, on se retrouvait douze ou quinze à Appoigny, chez la tante Célina, à la St Médard, à Charbuy. A la Ste Croix, en mai, ou à la StLuc en septembre, mes parents recevaient ceux qui les avaient invités.
Mes grands parents savaient lire et écrire et tous leurs enfants purent aller régulièrement à l'école..
René Bertillon, lettre à Jacques Baillon du 16 octobre 1981.

Nota Bene : J. Baillon est l'un des petits-enfants d'André Bertin, instituteur qui habita au lieu-dit « Le Placeau » à partir de sa mise à la retraite et qui fût l'adjoint au maire de Charbuy dans les années 1960.
C'était l'époux de Marguerite Hédot, elle aussi institutrice, originaire de Charbuy et descendante des familles « charbuysiennes » Rollinat, Hédot, Jolibois, Fleury etc..


Jacques BAILLON, 21 rue Bretonnière 45160 OLIVET


André BERTIN




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